Visite Guidée de KDP, la plateforme d’auto-publication Amazon

A propos de l’auteur : Jiminy Panoz est un auteur publié par l’éditeur de livres enrichis Walrus. Il s’est d’abord auto-publié sur Kindle et iBookStore, et publiera bientôt un essai, The Writers’ Guide to Self-Publishing, sur le sujet. Ce petit guide visera à introduire honnêtement le monde de l’auto-publication anglo-saxon, soulignera les erreurs à éviter, et répertoriera quelques astuces pratiques pour aider les aspirants auteurs.
Son roman Spirit of ’76 sera également bientôt disponible. Dans ce guest post, Jiminy Panoz nous fait découvrir les rouages de la plateforme Kindle Direct Publishing proposée aux auteurs indépendants par Amazon.

Bienvenue sur Kindle Direct Publishing

Dans tous les pays où il est sorti, le succès de Kindle ne se dément pas. Et à chaque fois, Amazon s’appuie sur une politique très agressive, notamment au niveau des prix. Nombre de best-sellers peuvent ainsi se dénicher à moins de $10 quand des milliers d’auteurs auto-publiés proposent leurs ouvrages à $3.
Pour faciliter la publication de ces ouvrages auto-édités, c’est un système complet qui a été mis en place par le géant de Seattle. Celui-ci fonctionne parfaitement et s’adresse aussi bien aux éditeurs connus qu’aux artisans auto-publiés.
Kindle sera bientôt lancé en France. Nous vous proposons donc de découvrir les rouages de l’outil de publication sur Kindle proposé aux auteurs indépendants.

Amazon tient à faire savoir que sa plateforme est très ouverte.

Kindle Desktop Publishing, solution facile à mettre en œuvre

Là où d’autres plateformes vont opérer un filtrage (tel Kobo qui demande un premier contact par mail avant de fournir l’accès à sa plateforme de vente), Amazon simplifie l’accès aux auteurs aspirant à trouver leur public. Pour publier sur Kindle, vous n’aurez besoin que d’un compte client Amazon. Pas de filtrage, pas de compte dédié, votre mail et mot de passe Amazon suffiront à vous faire pénétrer dans l’espace de distribution.

Mieux encore, la plateforme Kindle Direct Publishing (KDP) est ouverte aux auteurs internationaux, ce qui n’est pas le cas chez Barnes et Noble par exemple. Amazon accueille bien volontiers les livres non-américains, allant même jusqu’à mettre en avant cette politique sur la page d’accueil de KDP. On notera que, suite au lancement de Kindle en Allemagne, le site est désormais disponible en allemand. Tout porte à croire que la même chose se passera pour les auteurs français.
KDP n’est pas qu’une plateforme de mise en ligne d’e-books, c’est un site riche et complet qui présente des FAQs ou guides très détaillés et propose de mettre en relation les participants via un forum dédié. Vous y trouverez donc facilement des réponses à vos questions.

Les forums de KDP

La publication de votre e-book en quelques clics

Pour peu que votre livre soit prêt, vous pourrez le publier en une petite dizaine de minutes. En réalité, la mise en ligne se déroule en 4 temps:
– la création de votre projet
– l’édition des informations de votre livre
– le choix du prix et de vos royalties
– la validation de votre livre par Amazon

Ici commence votre périple

Si vous observez l’interface de KDP plus en détail, vous remarquerez que celle-ci est très simpliste. Vous avez accès à trois espaces :
Bookshelf, page qui vous permet de gérer vos livres
Reports, espace qui vous permet de surveiller vos ventes
Communities, lien vers les forums, guides et FAQs du site.

C’est la page « Bookshelf » qui nous intéresse ici.
Après avoir créé votre projet, vous n’aurez qu’à entrer les détails de votre livre comme son titre, sa description, son genre, sa langue, etc.
Ajoutez ensuite sa couverture et téléversez votre e-book dans le format de votre choix (ePub, HTML, PRC, mobi, PDF, .doc). Amazon se charge de le convertir au format adéquat et vous propose de le prévisualiser dans la minute.
La société vous laisse même la liberté d’apposer ou non un DRM à votre fichier, ce que toutes les plateformes ne permettent pas.

Périple qui va se révéler extrêmement court.

Il ne vous reste plus qu’à choisir votre pourcentage de royalties et fixer le prix de votre livre. Nous reviendrons sur ce point un peu plus tard.
Notez que vous pouvez proposer votre livre à la vente uniquement dans les pays pour lesquels vous en détenez les droits et le rendre disponible au prêt « Kindle Book Lending ».
Une nouvelle fois, Amazon a très bien fait les choses puisque chaque champ se voit attribué un lien « What’s this » qui pointe vers des réponses claires et précises.
Sitôt votre projet sauvegardé et publié, vous n’aurez plus qu’à attendre 48 à 72h pour voir votre livre disponible à la vente. Remarquez que vous n’avez même pas besoin d’un ISBN pour vendre votre livre, celui-ci étant optionnel.

Deuxième et dernière étape avant publication

Prix et Royalties, une stratégie bien rodée

Pour pouvoir afficher des prix accessibles, Amazon a revu sa politique de royalties suite à l’arrivée d’iBookStore sur le marché. Si l’on osait le raccourci, on pourrait pratiquement conclure que le prix idéal d’un e-book se situe entre $2.99 et $9.99 pour Amazon. En effet, seule cette fourchette permettra aux auteurs et éditeurs de toucher 70% du prix de vente du livre. Tout ce qui se situe en dehors de celle-ci ne rétribuera l’auteur qu’à hauteur de 35%. C’est pour cette simple et bonne raison que nombre d’auteurs auto-publiés décident de vendre leurs livres à $2.99 : c’est un bon compromis entre prix bas et volumes de vente. Pour chaque livre vendu à $2.99, l’auteur auto-publié touchera alors $2.093.
Amazon n’a pas pu étendre cette « politique des 70% » à tous les pays et seuls les livres vendus en Autriche, au Canada, en Allemagne, au Liechtenstein, au Luxembourg, en Suisse, en Grande-Bretagne et aux Etats-Unis sont assujettis à ce pourcentage particulier. Tout livre vendu en dehors de ces 8 territoires se verra appliqué le pourcentage de 35%. Évidemment, tout ceci n’est qu’une question de temps et il y a fort à parier que d’autres pays viendront s’ajouter à cette liste au fur et à mesure des lancements régionaux de Kindle.

Suivez facilement vos ventes

Surveiller ses ventes, être payé

L’espace “Reports » vous permet de surveiller vos ventes en un coup d’œil. Les ventes du mois en cours sont consultables en ligne, tout comme les ventes des 6 semaines précédant la semaine en cours. Enfin, les ventes des 12 derniers mois sont exportables, mois par mois, au format XLS.
Si des lecteurs ont demandé à être remboursés, vous le saurez. Si un livre s’est vendu en France et que vous touchez 35% au lieu de 70%, vous le verrez. Encore une fois, la simplicité prévaut et le tout est facilement compréhensible et lisible.
Amazon paye vos royalties avec un délai de 60 jours, dès que ceux-ci atteignent $10 si vous choisissez d’être payé par virement bancaire et $100 si vous souhaitez être payé par chèque.

Les conditions de paiement des royalties.

Mauvaise nouvelle pour les français qui auraient voulu passer par KDP US pour publier dès maintenant, il vous faudra obligatoirement un compte américain pour le versement des royalties par virement bancaire. Et tant que nous en sommes à parler de mauvaises nouvelles, si vous ne disposez pas d’un ITIN (International Tax identification number) et que vous n’avez pas envoyé un formulaire spécifique à Amazon et l’IRS, 30% de vos revenus seront déclarés au FISC américain ! Je ne saurais trop vous conseiller d’attendre sagement que KDP soit rendu disponible aux auteurs français…

Modifier ses livres et autres remarques importantes

Bien évidemment, Amazon vous permet de réviser vos livres. Il vous faudra simplement téléverser votre fichier mis à jour, il repassera cependant par une phase de validation de 48 heures.
Quant au prix, il pourra lui-aussi être modifié à la volée et quasiment répercuté sur Kindle et Amazon en temps réel, ce qui peut s’avérer très pratique pour organiser des promotions et booster vos ventes.
Notez qu’Amazon alignera obligatoirement le prix de votre livre Kindle sur le prix le plus bas observé chez les autres distributeurs. Cela signifie que si vous le distribuez gratuitement ailleurs, Amazon le rendra gratuit sur Kindle.
Attention toutefois, Amazon se réserve le droit de modérer, reformater et retirer vos livres de la vente s’ils ne respectent pas certaines politiques de la plateforme.

En conclusion

Le succès de la plateforme KDP auprès des auteurs auto-publiés anglo-saxons est facile à expliquer : c’est une solution rapide qui permet à tout client Amazon de proposer ses livres à la vente.
Il faut bien comprendre qu’Amazon a pris un risque important en ouvrant autant son écosystème aux oubliés de l’industrie du livre, mais celui-ci semble avoir payé puisque le catalogue s’est diversifié et développé à vitesse grand V, et que ces livres sont en outre proposés à des tarifs très compétitifs. Si Amazon a réussi à imposer Kindle aussi rapidement — plus rapidement que prévu à l’origine par la société-même —, elle le doit également à KDP.
Reste qu’il faudra surveiller comment les choses vont évoluer, d’autant que ce système très ouvert et libertaire est aujourd’hui détourné par des opportunistes peu recommandables, cf. le spam éditorial révélé il y a peu. Le risque, à terme, est de voir ce système, qui tient presque de l’utopie fonctionnelle, se refermer peu à peu sur lui-même, Amazon se retrouvant obligé d’opérer une vérification éditoriale plus stricte.

9 réflexions au sujet de « Visite Guidée de KDP, la plateforme d’auto-publication Amazon »

  1. Ping : L’enjeu stratégique des services d’auto-publication

  2. Montenay

    J’ai un livre prêt à être publié, et 2 qui le sont presque. J’ai les numéros ISBN. Mais avant de me lancer, pouvez-vous me dire, svp :
    Quand y aura-t-il un KDP francophone ? Et fiscalement adapté aux Français ?
    Et qu’est-ce qu’un DRM ?
    Enfin, publier via Kindle entraine-t-il l’exclusivité ? Ou pourrais-je vendre une version numérique par mes propres circuits ?

    Un grand merci

    Yves Montenay

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  3. Panoz

    Alors, dans l’ordre,

    Pour KDP francophone, ça devrait arriver courant Octobre / Novembre. À savoir qu’il a été ouvert aux allemands en même temps que la disponibilité officielle de Kindle en Allemagne. Plusieurs rumeurs vont dans ce sens, les infos sont plus ou moins fiables mais, en tout cas, les distributeurs (immatériel.fr ou ePagine par exemple) sont en train de déployer leur catalogue sur Kindle en prévision de son lancement dans notre pays.
    Je ne peux assurer qu’il sera fiscalement adapté aux français, Amazon ayant la réputation de tricher (comme Apple avec iTunes) en s’étant implanté au Luxembourg et en payant la TVA de ce pays. La loi sur le prix unique du livre numérique doit encore passer devant la communauté européenne et sera vraisemblablement mise en oeuvre à partir de Janvier 2012. De toute manière, c’est Amazon qui prend le risque, pas les auteurs. L’auteur auto-publié déclare des Bénéfices Non-Commerciaux sur sa feuille d’impôts. Le seul cas où ça peut se révéler problématique, c’est s’il n’exerce pas d’autre travail, auquel cas il devra se déclarer travailleur indépendant.

    DRM = Digital Rights Management. Grosso modo, c’est un verrou qui est ajouté au fichier pour en contrôler l’usage (généralement la copie).

    Amazon n’impose aucun exclusivité sinon celle du prix le plus bas. Il est tout à fait possible de distribuer le livre chez d’autres, voire de le vendre sur son site personnel (auquel cas se pose problèmes de gestion de TVA cependant). La seule chose qu’Amazon réclame, c’est que le prix de votre livre sur Kindle soit aussi bas que le prix de votre livre ailleurs. En d’autres termes, ils aligneront automatiquement le prix Kindle sur le prix le plus bas observé chez la concurrence, ce qui induit sa gratuité s’il est disponible gratuitement ailleurs (au hasard, sur Apple ibookstore). C’est d’ailleurs le seul moyen de distribuer son livre gratuitement, les auteurs étant tenus de fixer un prix minimum de $0.99 pour le moment.

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    1. TheSFReader

      Concernant les DRMs, sous sa courte (et très factuelle) définition, Panoz masque les très divergents avis sur le sujet. Par exemple certains (dont moi) signalent que les DRMs
      1) sont très rapidement et facilement « cassés » et n’ont donc pas d’effet contre les « pirates ».
      2) qu’ils restreignent effectivement l’utilisation libre des fichiers de clients honnètes, qui sont alors (pour certains) tentés de rechercher une version pirate pour pouvoir lire librement le livre.
      3) en cas de cessation (ou modification substentielle) de service par le « fournisseur », entraînent la perte définitive du produit acheté.

      Bref, de mon avis, pas une bonne idée. Mais ce n’est qu’un avis, et en tant qu’auteur/publieur, c’est votre choix/décision.
      Si vous lisez l’anglais, je vous renvoie par exemple à deux threads récents sur KindleBoards concernant les DRMs : http://www.kindleboards.com/index.php/topic,85513.0.html
      http://www.kindleboards.com/index.php/topic,85280.0.html

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      1. Panoz

        Ben tu connais mon opinion sur le sujet, elle est dans le guide de l’auto-publication ;-)

        Mais si je commence à copier/coller tout le contenu de mon guide, je vais pas en vendre beaucoup… (je plaisante, merci d’avoir approfondi).

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  4. e-jbb.net

    Mon cher Panoz,

    Il y a bien un cas où il y a exclusivité de vente sur Amazon : les Kindle Singles.

    Les Kindle Single sont des ebooks de 5000 à 30 000 mots, avec un prix de vente entre 0,99 et 4,99. Ce doit être une création originale qui n’a pas été publiée auparavant, en papier comme en numérique. L’oeuvre doit être autonome (pas un extrait). Le texte ne doit pas avoir été publié dans sa totalité sur un site web public.
    Les guides, les manuels de référence, les ouvrages du domaine public, les livres pour enfants et les guides de voyage ne sont pas acceptés.

    Sauf erreur, il faut demander ce « label » via une page de soumission spéciale.

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  5. Panoz

    Yep, hum. Kindle Singles est tellement restrictif niveau éditorial (ce qui comprend sélection par Amazon) que ça risque de pas concerner grand monde pour le moment, d’où mon très large oubli ;-)

    Pas mal d’auto-publiés avec un petit succès ont demandé le label, ils se sont fait envoyer bouler…

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  6. Panoz

    Bon je ne peux pas éditer donc je vais préciser pour Kindle Singles.

    Personnellement, je considère que Singles est un service à part. Pour moi, il ne fait pas vraiment partie de KDP car les mécanismes de publication sont très différents.

    Kindle Singles dispose d’un éditeur (dans le sens américain du terme), David Blum, qui choisit les livres qui vont y être publiés. Première différence avec KDP où personne ne choisit quoi que ce soit. Et la sélection est vraiment très stricte. « The Gated City » de Ryan Avent a été sélectionné comme Kindle Single par David Blum. Le sujet du livre est l’économie des startups, etc.
    Un autre livre de Patrick Kirkland à propos d’un procès (il était juré, c’est quasiment un témoignage en fait) a été rejeté par Blum.
    La différence entre les deux, c’est que Avent touchera 70% dans tous les cas alors que Kirkland touchera 70% uniquement si le prix est compris entre 3 et 10 dollars).

    Deuxième différence : Amazon apporte son aide (design, marketing, édition) pour les Singles. Bref, ils assurent un support d’éditeur / publisher. D’où l’exclusivité (et encore, j’ai survolé les guidelines à l’instant et pas trouvé expressément d’exclu dedans. D’ailleurs, Mile 81, meilleure vente Kindle Singles est aussi dispo sur iBookstore).

    Bon, certes tu passes par KDP pour publier ensuite, mais tout commence par une submission au comité de lecture Kindle Singles. Si ton manuscrit est rejeté, alors tu passes par KDP et tu fais tout toi-même.
    D’ailleurs, Singles semble prendre la forme d’un test depuis le spam éditorial.

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  7. Ping : L’écosystème Amazon pour les Auteurs. | Jiminy Panoz

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