Archives du mot-clé auto-édition kindle

« Pourquoi j’ai choisi l’auto-édition »

A propos de l’auteur : Daniel Ichbiah est le rédacteur en chef de Comment Ca Marche et l’auteur de nombreux ouvrages dont Bill Gates et la saga de MicrosoftLes 4 vies de Steve Jobs et The Beatles de A à Z. Dans cet article, il indique le cheminement qui l’a amené à faire le choix de l’auto-édition.

Mon premier livre est sorti en 1986. Un ami, Camille Saféris, qui s’occupait du service minitel du fan club de Odeurs ( !), était venu me voir avec une drôle d’idée : écrire des messages comiques pour les répondeurs. Nous avions passé des soirées et même parfois des journées entières à ‘pondre’ des messages. Certains d’entre eux me font encore rire, tel celui-là :

« Bienvenue à SOS-Rasoir.
Vous avez composé le n° du rasoir à domicile. Après le top sonore, appliquez délicatement le micro du combiné sur votre visage en prenant soin de régler l’intensité à l’aide du cadran téléphonique. Appuyez sur la prise pour avoir de la mousse et n’oubliez pas de nettoyer votre appareil après usage. Pour profiter d’un jet d’after-shave, composez le n° 49-99-99-99. Attention aux blessures en raccrochant. A demain matin. »

Par une journée de printemps, nous avons commencé à appeler les éditeurs un à un. Au téléphone, on nous répondait régulièrement ceci : ‘Le directeur de collection n’est pas là, il est au Salon du Livre’. Progressivement le message est passé : ils sont tous au Salon du Livre. Nous avons imprimé plusieurs exemplaires du livre et avons foncé à ce fameux salon qui se tenait alors au Grand Palais.

«les merveilleux à valoir»

Nous ne savions pas alors qu’il pouvait être difficile de placer un premier livre et nous sommes donc allé voir plusieurs éditions. À la fin de l’après-midi, sacré problème : 3 éditeurs voulaient nous signer un contrat. Lequel choisir ? Nous avons découvert au passage et sur le tas, les merveilleux à valoir : l’un d’eux nous offrait 10 000 francs chacun (1 500 euros) pour avoir notre livre.
Au bout de quelques jours, nous avons choisi l’un des trois : les Editions de l’Instant. Le livre, Ne quittez pas je vous passe mon répondeur est sorti un ou deux mois plus tard. Et surprise : un matin, je descends à la librairie, et que vois-je : notre livre était en Une d’un quotidien de l’époque, Le Matin de Paris. Peu après, nous avons eu droit à une page entière juste derrière la playmate du mois du magazine Lui.
Pour un bon début, c’était un bon début. Et pourtant, par la suite, il fallu quelque peu galérer durant plusieurs années. Pour un roman de science-fiction que j’avais co-écrit, XYZ, il a fallu près de 25 envois à des éditeurs avant d’en trouver un qui veuille le publier, Fleuve Noir. Il est sorti en 1993 mais n’a pas fait de prouesses particulières.

«200 000 exemplaires vendus dans le monde»

La chance est venue en 1995. J’avais écrit une biographie de Bill Gates. Elle avait été publiée chez Marabout également vers 1993 mais ne s’était pas énormément vendue. Et puis, Bill Gates est devenu l’homme le plus riche du monde. J’ai harcelé Marabout comme j’ai pu et insisté : ‘il faut le ressortir, il faut le ressortir…’. Mais comme Marabout n’en avait pas beaucoup vendu, son directeur qui était à Bruxelles ne voulait plus en entendre parler. Il m’a donc rendu les droits. Le livre a été placé chez Pocket et aussi complété. Et là, succès immédiat ! Dès la première semaine, il entre dans le Top 10 des ventes. Ce livre a été traduit dans plusieurs langues et s’est vendu à environ 200 000 exemplaires dans le monde.
On pourrait croire qu’un succès en entraîne un autre, mais ce n’est toujours aussi facile. En 1997, est sorti Bâtisseurs de rêves, un livre qui dès l’année suivante est devenu La Saga des Jeux Vidéo chez Pocket. Or, à sa sortie, cette histoire des jeux vidéo n’a pas fait de miracles. Il arrive que des livres sortent juste un peu trop tôt. Pour information, La Saga des Jeux Vidéo en est à sa 5ème édition et il est aujourd’hui aux alentours des 14 000 exemplaires.

Depuis mes débuts d’auteur, j’ai publié des dizaines et dizaines de livres et seuls un petit nombre sont devenus ce que l’on appelle des best-sellers. Parmi eux figure Solfège, nouvelle méthode simple et amusante, sorti en 2003 et qui avoisine les 100 000 exemplaires vendus. Il y a aussi eu le Dictionnaire des Instruments de Musique (25 000 environ à ce jour), Les 4 vies de Steve Jobs (sorti l’an dernier et qui a dépassé les 20 000

dont plus de 2 000 en version ebook sur l’iPad), Enigma I et II (livres d’énigmes – 10 000 exemplaires), et d’autres dont je parlerais plus loin.

Ces quelques 25 années en tant qu’auteur m’ont appris énormément de choses sur l’édition et les éditeurs. Ce faisant, j’ai connu 4 types de situation extrêmement pénibles à vivre et que je vais décrire ici.
En premier lieu, je tiens à le préciser, il y a des éditeurs très appréciables, fiables, agréables à fréquenter. Il y en a, je peux l’attester. Un grand nombre d’entre eux sont devenus des amis.
Mais il y a aussi des éditeurs dont le comportement est plus étrange ou plus inattendu…

Ainsi, certains semblent souffrir d’un étrange syndrome que l’on pourrait résumer ainsi : sortir un maximum de livres espérant que dans le tas, il y aura bien un succès qui sauve la mise. Signe particulier : ces personnes sûres de leur fait négligent généralement la promotion. De mon point de vue, c’est une erreur : ils feraient mieux de sortir 2 fois moins de livre et de consacrer un budget à la promotion intense !!!

«montée spectaculaire des ventes d’un livre après un passage radio ou télé»

Je connais un éditeur qui a réagi par un dédain condescendant lorsque j’ai évoqué comment un autre éditeur gérait la promotion. Et oui, il faut parfois affronter la vacuité de ceux qui ‘savent tout’ (je ne collabore plus avec cet éditeur, il va de soi).
Pourtant, j’ai très souvent constaté une montée spectaculaire des ventes d’un livre après un passage radio ou télé. Le mot ‘spectaculaire’ n’est pas de trop. Par conséquent, je crois très fort aux vertus de la promotion et ne rate jamais une occasion de donner une interview.
Mon maître en la matière est Bernard Werber avec qui j’ai travaillé en 1995 (pour Canal+). Il accepte toutes les interviews qu’on lui propose, y compris de la plus anodine des feuilles de chou, fanzine d’étudiant, bulletin d’information des homéopathes qui ne serait diffusé qu’à 200 exemplaires… Je n’ai jamais vu cela à une telle échelle. On dirait qu’il passe un quart de son temps à cela. Et cela lui réussit à merveille.

Parmi mes best-sellers, se trouve le livre Sauver la Terre (2007) co-écrit avec Noelle Saugout. Il s’en est vendu 19 000 exemplaires. Pourtant, ce livre ne m’a rien rapporté (en dehors de l’à-valoir). Comment expliquer cela ?
Il se trouve que cet éditeur, au demeurant fort sympathique (L’Archipel), applique un système un peu à part – mais clairement indiqué noir sur blanc dans ses contrats. Si l’un des livres que l’on a publié chez lui n’a pas remboursé son à valoir, ce manque à gagner est soustrait des revenus de l’auteur. Or, j’avais publié chez l’Archipel un livre, Comment Google mangera le monde, qui s’est insuffisamment vendu. L’année suivante, nous avons publié un autre livre d’écologie, Ma Maison Ecolo qui a fait un bide (à mon sens, la couverture a tué ce livre). Résultat des courses : Sauver la Terre s’est super bien vendu mais ne m’a pas rapporté un centime.
C’est très frustrant pour un auteur de recevoir son enveloppe annuelle et de voir qu’un livre bien vendu ne rapporte pas un centime. Conclusion : il faut lire les contrats scrupuleusement. On pourrait penser que tous les contrats d’éditeurs se ressemblent, c’est le cas la plupart du temps mais pas toujours.

«certains éditeurs peuvent ne pas avoir d’intérêt particulier à vendre des livres»

En 2004, Brieuc Segalen et moi-même sortons un livre sur le logiciel Garage Band chez Eyrolles. Cette année là, nous sommes présent à l’Apple Expo et nous assistons à une scène incroyable : la pile de livres Garage Band descend à vue d’œil. Au bout d’une heure ou deux, le libraire installé à l’Apple Expo n’en a plus un seul. Seulement voilà : quand nous lui disons qu’il faut réapprovisionner ce livre, il met toute la mauvaise volonté du monde. De guerre lasse, je me retrouve à devoir appeler l’un des directeurs de l’édition pour signaler cette absurdité : nous avons un best-seller et le libraire Eyrolles de l’Apple Expo refuse de le réapprovisionner. Le livre va finalement arriver un ou deux jours plus tard ( !) et sera la meilleure vente de l’Apple Expo. Mais que de ventes ratées !… Et bizarrement, ce livre tant demandé n’a pas non plus rapporté un centime.
Comment comprendre un tel comportement ? Je me suis souvent posé la question et les conclusions auxquelles je suis arrivé ne sont pas forcément publiables. Un fait demeure : certains éditeurs peuvent ne pas avoir d’intérêt particulier à vendre des livres !…

Le quatrième fait, je l’ai vécu l’an passé (en 2011) et il a été fort douloureux. L’un de mes livres, la fameuse Saga des Jeux Vidéo était constamment n°1 de sa catégorie (les livres de jeux vidéo). Pourtant, à partir du printemps, il a commencé à être en rupture de stock. Et l’éditeur n’avait tout simplement pas les moyens de le réimprimer. Les mois ont passé et par la suite, l’éditeur a invoqué d’autres raisons. Il est douloureux, carrément douloureux, d’avoir un best-seller qui n’est tout simplement pas disponible à la vente ! Cet éditeur et moi nous sommes finalement mis d’accord : j’ai écrit trois nouveaux chapitres et ils l’ont finalement ressorti en janvier 2012. Combien de milliers d’exemplaires aurions-nous pu vendre durant ce temps où le livre a été absent des rayonnages ?

«La facilité avec laquelle il est possible de publier sur Kindle est formidable»

Voilà au moins 4 raisons pour lesquelles j’ai choisi de sortir une dizaine de mes livres – qui n’étaient plus en vente – en auto-édition sur le Kindle. Tous ces livres qui ‘dormaient’, je peux à présent les proposer à faible prix en direct. Ils sont à cette adresse :
(Certains de ces livres comme le Steve Jobs sont publiés par des éditeurs).
La facilité avec laquelle il est possible de publier sur Kindle est formidable. Bravo Amazon !
L’un de ces livres que j’ai pu vendre en auto-édition s’appelle Rock Vibrations. Il raconte l’histoire de tubes tels que « Stairway to Heaven », « Hotel California », etc. Le plus incroyable, c’est que j’ai proposé ce livre à un éditeur numérique et que ce dernier, plutôt que de le publier, m’a fait perdre des semaines en tergiversations pour finalement dire qu’il ne le publiait pas (et oui… L’histoire se répète et certains éditeurs d’ebooks semblent prendre certains travers des éditeurs papiers).
Un autre est le livre sur Bill Gates qui n’était plus en vente depuis 2007. Aucun éditeur papier ne voulait plus le publier. Régulièrement, des gens me demandaient comment le trouver. Et bien, il est maintenant sur le Kindle à 4 euros environ.

«les livres en rupture de stock appartiennent au passé»

À présent, si un livre se vend ou ne se vend pas, je ne peux m’en prendre qu’à moi-même. Et dans ce cas, je connais la panacée : je fais de la promotion ;-)). Et je peux observer par moi-même que cela donne des résultats.
Avoir un livre sur la librairie Kindle nous permet aussi d’être tranquille : les livres en rupture de stock appartiennent au passé. Ils seront toujours disponibles, aussi longtemps qu’Amazon existera…
Et quid des ventes me direz-vous ? Amazon nous fournit des outils d’analyse et permet de les suivre semaine après semaine. Pour le moment, je n’ai pas fait des miracles : une dizaine de livres vendus en une douzaine de jours. Mais il faut laisser le temps au temps ; le Kindle vient tout juste d’arriver en France et il faut qu’un public se développe.
En tout cas, il est très enthousiasmant pour un auteur de pouvoir proposer directement ses œuvres à ses lecteurs. Une nouvelle ère s’ouvre pour les écrivains et ce marché ne peut que grossir. Personnellement, j’ai un Kindle depuis une vingtaine de jours et je dois dire que j’en suis addict – le plaisir de lecture est indéniable. Ai-je déjà acheté des livres ? Oui, 4 !…
Alors, l’avenir paraît radieux pour les auteurs de livres prêts à passer un peu de temps à promouvoir les œuvres.
Amitiés aux auteurs comme aux lecteurs